Onze morts, toujours sans nom : le difficile processus d'identification des victimes du naufrage du 7 juin
- Regine Nguini

- il y a 1 jour
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Plusieurs semaines après le décès de onze personnes dont plusieurs seraient originaires d’Éthiopie et de Somalie, leurs familles se heurtent encore à une procédure complexe pour faire reconnaître officiellement l'identité de leurs proches. Sans confirmation ADN, certains risquent de demeurer anonymes jusque dans la mort.

Le 7 juin dernier, onze personnes migrantes ont perdu la vie en mer au large de Malte dans le naufrage de leur embarcation. Parmi elles figuraient trois hommes et huit femmes qui seraient originaires de Somalie et d'Ethiopie, selon les informations recueillies. Pourtant, plusieurs semaines après la tragédie, leurs noms ne peuvent toujours pas être rendus publics.
Selon l'inspecteur de police chargé de l'enquête, les autorités doivent d'abord confirmer l'identité des victimes avant toute reconnaissance officielle. Cette étape passe par une comparaison génétique entre l'ADN prélevé sur les corps et celui fourni par des membres de leur famille.
Pour les proches vivant à l'étranger, la démarche s'avère particulièrement complexe. Ils doivent obtenir un prélèvement ADN auprès d'un médecin certifié dans leur pays de résidence, faire établir un profil génétique officiel puis transmettre cette documentation aux autorités competentes maltaises.
Une fois reçu, ce profil est analysé et comparé aux échantillons prélevés sur les victimes. Ce n'est qu'après une correspondance confirmée que l'identité d'une personne décédée peut être officiellement établie.
L'inspecteur indique que tant qu'aucune correspondance ADN n'est obtenue, les autorités ne peuvent pas attribuer un nom au défunt.
Notre travail consiste à nous assurer que les informations relatives à l'identité des victimes correspondent à 100 %, et non à 99 %. Imaginez que nous remettions le corps d'une victime sur la base d'une probabilité de 99 % et qu'une autre demande d'identification survienne par la suite : nous en serions responsables », explique l'inspecteur chargé de l'enquête”.
Dans les cas où aucune famille n'est en mesure de fournir un échantillon génétique, la question du devenir des corps demeure ouverte.
Les autorités n'ont pas précisé combien de temps les dépouilles peuvent être conservées avant qu'une décision ne soit prise quant à leur inhumation.
Parmi les onze personnes décédées, figureraient cinq ressortissants éthiopiens, selon les informations communiquées par la communauté éthiopienne qui s'est mobilisée afin d’apporter un soutien financier à certaines familles des défunts.
Des collectes de fonds sont actuellement organisées pour couvrir les frais liés à l'obtention des profils ADN nécessaires à l'identification des victimes.
Au moins deux familles des défunts vivent dans des zones rurales isolées d'Éthiopie, où l'accès à des services médicaux spécialisés est difficile”, explique un membre de la communauté éthiopienne.
Pour ces familles, le coût des démarches représente aussi un défi majeur. La mobilisation vise également à soutenir le rapatriement des corps vers l'Éthiopie si les procédures d'identification aboutissent.
Dans le cas contraire, si les profils ADN ne peuvent être obtenus et que les familles ne sont pas en mesure d'identifier officiellement leurs proches, la communauté envisage d'organiser des funérailles et un service commémoratif à Malte afin que les défunts puissent être enterrés dignement.
Aucune information n'a pu être obtenue concernant une éventuelle mobilisation de la communauté somalienne.
Au-delà des procédures administratives, cette situation met en lumière une réalité souvent méconnue des naufrages migratoires : pour certaines familles, le deuil ne commence véritablement qu'au moment où un nom peut enfin être rendu à ceux qui ont disparu.
Rappel des faits
Le 7 juin, une embarcation transportant des migrants en détresse a été signalée à environ 50 milles nautiques à l'est de Malte.
Selon les autorités, plusieurs personnes sont tombées à la mer alors qu'elles tentaient de rejoindre un bateau de pêche venu leur porter assistance.
Une opération coordonnée par le Centre de coordination des secours a mobilisé des navires présents dans la zone, les moyens des Forces armées maltaises ainsi que les garde-côtes italiens. Cinquante-trois personnes ont été secourues et onze corps ont été récupérés avant d'être transférés aux autorités compétentes pour les procédures d'identification.




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