Les femmes migrantes et les inégalités liées au genre.
- Houda El Hadi
- il y a 4 heures
- 3 min de lecture
“Nous devons dépasser l’idée selon laquelle certaines femmes “ne savent pas dire non” et commencer à nous demander pourquoi elles ont l’impression de ne pas pouvoir le faire”.

La violence fondée sur le genre et l’inégalité demeurent des enjeux majeurs dans de nombreuses sociétés. Pour les femmes migrantes, toutefois, ces défis sont souvent aggravés par des obstacles culturels, sociaux et systémiques. Lors de l’émission radio Empower to Integrate, diffusée sur RTK 103, Precious Orogun et la psychologue Diana Tudorancea ont exploré comment le changement de perspectives, le renforcement des systèmes de soutien, et l’amplification de la voix des femmes peuvent ouvrir des voies vers l’autonomisation et l’inclusion à Malte.
Madame Orogun, travailleuse sociale et militante originaire du Nigeria, a expliqué comment son parcours personnel a façonné sa résilience et son sens du devoir. Arrivée à Malte en 2017 alors qu’elle était enceinte, elle y a depuis construit sa vie en tant que mère, professionnelle et voix du changement, une expérience qui a redéfini sa compréhension du succès.
La discussion a clairement montré que la résilience individuelle, à elle seule, ne peut pas répondre aux inégalités structurelles.
Madame Tudorancea, une psychologue et responsable humanitaire originaire de Roumanie, a souligné le besoin de systèmes inclusifs fondés sur les droits qui placent les femmes au coeur des services de soutien. Son travail à Malte s’est concentré sur les lacunes critiques dans les services destinés aux femmes demandeuses d’asile, victimes de violences fondées sur le genre.
“Nous devons écouter les personnes que nous cherchons à soutenir,” dit-elle en insistant sur le fait que les interventions efficaces doivent être façonnées par les réalités vécues de celles qu’elles visent à aider.
À un niveau societal plus large, les deux intervenantes ont souligné l’importance de remettre en question les attitudes profondément enracinées qui perpétuent les inégalités. Madame Tudorancea a évoqué l’idée fausse selon laquelle le pouvoir fonctionnerait comme un jeu “à somme nulle,” où renforcer un groupe reviendrait à affaiblir un autre.
“Le pouvoir n’est pas un jeu à somme nulle,” a-t-elle affirmé, appellant à une évolution vers des perspectives plus équilibrées et inclusives.
Madame Orogun, s’appuyant sur sa propre expérience, a exprimé son inquiétude concernant le manque de responsabilité dans les systèmes existants. Elle a décrit comment, même après des décisions juridiques en sa faveur, les résultats étaient souvent peu efficaces, ce qui décourageait les femmes de signaler les abus.
“Si les gens savent qu’ils devront rendre des comptes, ils y réfléchiront à deux fois,” a-t-elle déclaré en soulignant le besoin d’une application plus ferme des lois et des politiques centrées sur les survivantes.
La peur reste un obstacle majeur. Beaucoup de femmes migrantes hésitent à parler en raison de préoccupations liées à leur statut migratoire ou d’un manque de confiance envers les institutions. Cela crée un cycle dans lequel le silence permet aux comportements nuisibles de persister.
Malgré ces défis, la discussion a mis en avant le role transformateur de la communauté. Rassembler les femmes à travers l’éducation, le mentorat, ou des réseaux de soutien informels peuvent aider à reconstruire la confiance et favoriser un sentiment d’appartenance. “Vous n’êtes pas seules,” a déclaré Madame Orogun, adressant un message rassurant à celles qui peuvent parfois se sentir isolées.
Madame Tudorancea a repris cette idée en soulignant l’importance des espaces sûrs et sans jugement dans lesquels les personnes peuvent trouver du soutien et entamer leur guérison.
En fin de compte, cette conversation à mené à conclusion claire : un changement réel requiert à la fois des réformes systémiques et une responsabilité collective.
Car l’autonomisation ne commence pas en demandant aux femmes de parler mais commence en créant une société dans laquelle elles sont écoutées, soutenues et protégées.
Vous pouvez regarder l'épisode sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=hBKFCR4-Lqs
L’émission radio “Empower to Integrate” s’inscrit dans le cadre du projet “Empower to Integrate”, qui est une initiative collaborative de “Aditus Foundation” et de l’association “African Media Association Malta”.
Ce programme a pour but de promouvoir l’intégration et l’inclusion sociale des ressortissants de pays tiers à Malte. Il est financé par le “Asylum, Migration and Integration Fund (AMIF)”, cofinancé par l’Union européenne et en collaboration avec le “Parliamentary Secretariat for European Funds”.
Pour plus d’informations sur le projet, cliquez ici.
Cet article est la traduction française d'un article rédigé dans le cadre du projet « Empower to Integrate ».
La version originale en anglais est disponible ici.




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