Des masques invisibles pour se protéger
- Houda El Hadi
- il y a 13 heures
- 3 min de lecture
“Ils ont manière de vivre différente mais souvent, ce que l’on ne voit pas, est le coût d’adaptation”.

Pour plusieurs migrants, l’intégration n’est pas uniquement apprendre une nouvelle langue ou s’orienter dans un nouveau système. C’est aussi gérer des pressions invisibles, d'adapter constamment son comportement, de réprimer ses émotions et de trouver un équilibre identitaire dans des environnements où le sentiment d'appartenance n'est pas toujours garanti.
Lors de l’émission radio Empower to Integrate radio, diffuse sur RTK 103, les invités Ghita Ramdhiansing et le psychothérapeute Bernard Laus ont exploré comment ces “masques invisibles” façonnent les expériences des migrants, en particulier dans les milieux professionnels et sociaux.
Un theme central de la discussion était le concept d’adaptation. Qu’il s’agisse du “code-switching” (alternance codique) dans les environnements professionnels ou de modifier son attitude dans les intéractions sociales, les migrants changent souvent la manière dont ils se présentent afin de s’intégrer. Si cela peut être une competence précieuse, cela a aussi un coût.
“S’adapter demande de l’énergie mentale,” a souligné Madame Ramdhiansing en expliquant que ces ajustements constants peuvent mener à un épuisement émotionnel et à un sentiment de déconnection. Avec le temps, cela peut affecter le bien-être psychologique d’une personne, surtout lorsque le besoin d’appartenance entre en conflit avec le besoin de rester authentique.
Monsieur Laus a approfondi cette idée en mettant en lumière les défis émotionnels moins visibles auxques les migrants font face. L’incertitude liée au statut légal, à la stabilité financière et au logement peuvent provoquer un stress permanent, tandis que les sentiments de solitude et culpabilité, notamment liés au fait d’avoir laissé sa famille derrière soi peuvent s’intensifier au fut et à mesure.
“Ces experiences ne sont pas toujours visibles,” a-t-il expliqué. “La détresse ne se manifeste pas toujours par de la tristesse. Elle peut apparaître sous forme de retrait, d’irritabilité ou même de surinvestissement dans le travail”.
Dans les environnements professionnels, ces dificultés sont souvent mal comprises. Un manque de participation, du désangagement, ou des changements d’humeur peuvent être perçus comme une mauvaise performance, alors qu’ils peuvent en réalité signaler une souffrance émotionnelle plus profonde. Les deux intervenants ont insisté sur l’importance de reconnaitre ces signes et d’y répondre avec empathie plutôt qu’avec jugement.
Créer des environnements psychologiquement sûrs a été identifié comme une solution essentielle. Cela va au-delà des simples politiques officielles : cela nécessite un véritable lien humain. Des gestes simples, comme prendre des nouvelles de ses collègues, poser des questions ouvertes et encourager des échanges inclusifs, peuvent faire une réelle différence.
“Parlez à la personne, pas à l’étiquette”, a déclaré Madame Ramdhiansing, appellant les résponsables à dépasser les stéréotypes et à considérer les individus comme des personnes ayant des expériences et des perspectives uniques.
Le “leadership” joue également un role crucial dans la creation d’environnements inclusifs. La représentation au sein des organisations, notamment dans les postes décisionnels, peut renforcer le sentiment d’appartenance et donner du pouvoir aux autres. Offrir aux migrants des opportunités de contribuer, de diriger et de partager leurs points de vue a été présenté comme une étape importante vers une inclusion réelle.
Dans le même temps, la discussion a reconnu l’importance de l’autonomie personnelle. Les migrants ont été encouragés à « prendre leur place », à s’exprimer, à partager leurs idées et à reconnaître la valeur qu’ils apportent. La visibilité, tant dans les contextes professionnels que sociaux, est essentielle pour faire tomber les barrières et renforcer la confiance en soi.
En fin de compte, la conversation a mis en lumière une responsabilité partagée. Si les migrants s’adaptent à de nouveaux environnements, les sociétés et les organisations doivent elles aussi évoluer afin de reconnaître et de soutenir l’expérience humaine qui se cache derrière l’intégration.
Car au-delà des étiquettes, au-delà des suppositions, et au-delà des efforts visibles pour s’intégrer, il y a toujours une histoire plus profonde — une histoire qui mérite d’être comprise, respectée et soutenue.
Vous pouvez regarder l'épisode sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=gSKrmofFG0M&list=PLnIJiL_SX870eeetmNYe3YOzJXkBghz8l
L’émission radio “Empower to Integrate” s’inscrit dans le cadre du projet “Empower to Integrate”, qui est une initiative collaborative de “Aditus Foundation” et de l’association “African Media Association Malta”.
Ce programme a pour but de promouvoir l’intégration et l’inclusion sociale des ressortissants de pays tiers à Malte. Il est financé par le “Asylum, Migration and Integration Fund (AMIF)”, cofinancé par l’Union européenne et en collaboration avec le “Parliamentary Secretariat for European Funds”.
Pour plus d’informations sur le projet, cliquez ici.
Cet article est la traduction française d'un article rédigé dans le cadre du projet « Empower to Integrate ».
La version originale en anglais est disponible ici.




Commentaires