Du travail clandestin à la reconnaissance légale : les travailleurs des serres en Espagne placent tous leurs espoirs dans la régularisation
- Houda El Hadi
- il y a 9 heures
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Série d’articles : Les causes profondes de la migration
La campagne de régularisation actuellement menée en Espagne suscite l'espoir chez des milliers de travailleurs employés dans la vaste industrie des serres du pays. Plusieurs travaillent depuis de nombreuses années sans statut légal et sont confrontés à des salaires très bas, à des conditions de logement précaires, et à un accès limité aux services essentiels. L’obtention de documents légaux leur permettrait d’espérer de meilleurs revenus, de meilleures conditions de travail et davantage d’opportunités pour participer pleinement à la société espagnole.

Depuis sept ans, le migrant marocain Abdelmoujoud Erra vit et travaille en Espagne sans papiers. Il a survécu grâce à des emplois temporaires tout en résidant dans un bidonville dépourvu d’infrastructures adéquates, avec un accès limité à l’eau et à l’assainissement. Pour lui, la régularisation pourrait ouvrir la voie à des salaires plus élevés et à une meilleure qualité de vie. Bien qu’il ait récemment perdu la plupart de ses biens dans un incendie ayant détruit une partie de son campement, il reste optimiste, ses documents de demande ayant été conservés en lieu sûr. Revenant sur son parcours, Monsieur Erra exprime des regrets face aux occasions manquées, notamment la possibilité de poursuivre une carrière professionnelle dans la boxe et de rendre visite à sa famille au Maroc.
L’experience de Abdelmoujoud reflète celle de nombreux migrants sans papiers travaillant à Almería, dans le sud de l’Espagne, où se trouve la plus grande concentration de serres d’Europe. Les 30 000 hectares de cultures sous serre de la région génèrent chaque année environ 3 milliards d’euros d’exportations et emploient près de 80 000 travailleurs. Chaque jour, de nombreux migrants se rassemblent dans l’espoir de trouver un emploi agricole temporaire, souvent dans des conditions difficiles et pour des salaires inférieurs à ceux de leurs collègues disposant d’un statut légal.
Le gouvernement espagnol, dirigé par le Premier ministre Pedro Sánchez, considère cette initiative de régularisation comme une mesure importante pour renforcer l’économie du pays et répondre aux défis démographiques liés au vieillissement de la population. Selon certaines estimations, jusqu’à 840 000 personnes travailleraient sans papiers en Espagne. À Almería seulement, environ 10 000 migrants vivraient dans des logements insalubres, tandis qu’une part importante de la main-d’œuvre agricole serait dépourvue de statut légal.
Les organisations agricoles et les syndicats ont exprimé leur soutien à cette campagne, estimant que la régularisation pourrait contribuer à réduire les pénuries de main-d’œuvre, à améliorer la stabilité tant pour les employeurs que pour les travailleurs, et à stimuler la croissance économique. Pour des migrants comme le travailleur ghanéen Michael Aymaga, la régularisation représente bien plus qu’une amélioration des conditions de vie. Elle offre également la possibilité de contribuer pleinement à la société espagnole en valorisant leurs compétences, en accédant à un emploi formel et en participant à l’économie dans des conditions de dignité et de sécurité.
L’initiative de régularisation menée par l’Espagne met en lumière le lien essentiel entre migration, travail et durabilité économique. Pour des milliers de travailleurs des serres, elle représente une voie de sortie de l’invisibilité et de l’exploitation, ouvrant la perspective d’une reconnaissance officielle, d’une plus grande stabilité et d’une véritable inclusion. En intégrant les travailleurs sans papiers dans le système formel, le pays a le potentiel d’améliorer à la fois les conditions de vie individuelles et la résilience globale de son économie.
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