« Être isolé n’est pas facile » : des migrants inquiets après la suspension des cours d’intégration en Allemagne.
- Houda El Hadi
- il y a 1 jour
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Série d’articles : Les causes profondes de la migration
En Allemagne, les cours d’intégration ont longtemps constitué une étape essentielle pour les demandeurs d’asile et les réfugiés qui tentent de se construire une nouvelle vie. Ces cours, qui comportent généralement environ 600 heures d’enseignement de l’allemand ainsi qu’un module sur la « vie en Allemagne », ont contribué à structurer le quotidien de nombreuses personnes hébergées dans des centres d’accueil. Ils étaient particulièrement importants pour celles et ceux qui étaient soumis à des restrictions de déplacement et, dans la plupart des cas, à une interdiction de travailler d’au moins six mois, car ils offraient un parcours clair pour apprendre la langue et comprendre la vie quotidienne.

Ce changement devrait toucher environ 129 500 personnes, dont des demandeurs d'asile, des réfugiés ukrainiens, des citoyens de l'Union européenne et d'autres personnes ayant divers statuts de séjour. Cette décision s'inscrit dans le cadre d'un durcissement général de la politique migratoire et d'une réévaluation des fonds alloués à l'intégration.
Pour un grand nombre de personnes concernées, les conséquences sont immédiates et profondément personnelles. Certains disent se sentir « perdus » sans accès à un enseignement linguistique formel, expliquant qu’ils ont du mal à progresser par eux-mêmes malgré l’utilisation d’applications ou de vidéos en ligne. Un demandeur d’asile originaire du Cameroun a expliqué qu’il essayait d’apprendre à l’aide d’un cahier et d’un stylo, mais qu’il estimait que sa prononciation se détériorait sans cours en présentiel. D’autres soulignent le poids émotionnel lié à la réduction des interactions sociales et au manque d’occasions de rencontrer des gens, décrivant un sentiment croissant d’isolement, résumé par cette phrase : « Être isolé n’est pas facile ».
Les chercheurs et enseignants cités dans le rapport avertissent que la limitation de l’accès aux cours d’intégration pourrait compliquer l’entrée des migrants sur le marché du travail, alors même que l’Allemagne envisage d’autoriser les demandeurs d’asile à travailler plus rapidement qu’auparavant. Ils soulignent que les compétences linguistiques restent essentielles, même dans les emplois manuels, tant pour la communication au travail que pour la compréhension des contrats.
Cette question a suscité des critiques de la part des formateurs chargés des cours d'intégration et des experts du marché du travail, qui estiment que ces changements risquent de compromettre un système mis en place au fil de deux décennies. Certains mettent également en garde contre le fait qu'un accès restreint pourrait réduire les perspectives d'emploi, en particulier pour les femmes, qui sont plus susceptibles de travailler dans des secteurs exigeant de meilleures compétences linguistiques, tels que la santé et l'éducation.
Dans l'ensemble, la suspension des cours d'intégration a plongé de nombreux nouveaux arrivants dans l'incertitude, renforçant ainsi leurs craintes d'isolement à un moment où l'apprentissage de la langue est considéré comme essentiel pour se construire un avenir en Allemagne.
Le rapport complet est disponible sur le lien suivant :




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