« Mieux vaut travailler que de mendier dans la rue »
- Houda El Hadi
- il y a 3 jours
- 2 min de lecture
Série d’articles : Les causes profondes de la migration
Pendant plusieurs années, le Maroc a principalement joué le rôle de pays de transit pour les migrants d’Afrique Subsaharienne qui tentent de rejoindre l’Europe. Mais la situation est en train de changer : de plus en plus de personnes restent sur place, parfois pendant de longues périodes, ou encore de manière permanente. Cette évolution transforme tout particulièrement les zones rurales, où la main-d'œuvre locale diminue et où les migrants deviennent indispensables à l'économie agricole.

Ce changement peut se justifier par plusieurs facteurs. Le renforcement des contrôles aux frontières rend l’entrée en Europe beaucoup plus difficile, ce qui bloque de nombreux migrants au Maroc. Parallèlement, l’urbanisation du pays pousse les marocains à quitter la campagne pour les villes, abandonnant donc des secteurs tels que l’agriculture. En conséquence, les fermes, en particulier dans le sud, dépendent de plus en plus d'une main-d'œuvre immigrée, souvent sans papiers.
Dans la région Souss-Massa, près d’Agadir, cette transformation est particulièrement évidente. Les exploitations agricoles de grande taille, qui sont essentielles pour les exportations de fruits et légumes, dépendent désormais fortement de la main-d'œuvre originaire d'Afrique de l'Ouest. Beaucoup ont d'abord tenté de rejoindre l'Europe avant d'être renvoyés ou bloqués au Maroc, puis ont été orientés vers des emplois dans le secteur agricole.
C’était notamment le cas d’Abdulfattah Aliou, un jeune migrant originaire du Togo. Après avoir tenté en vain de rejoindre l'enclave espagnole et avoir été renvoyé de force au Maroc, il s'est retrouvé à travailler dans une exploitation de tomates. En repensant à sa situation, il dit : « Mieux vaut travailler que de mendier dans la rue ».
Au fil du temps, certains migrants s’installent de manière plus durable. D’autres, comme les travailleurs présents dans le pays depuis des décennies, finissent par y construire leur vie, leurs enfants étant parfois scolarisés dans des établissements marocains. Même si leur situation reste souvent précaire et informelle, leur présence fait désormais partie intégrante de l’agriculture marocaine.
Parallèlement, les zones rurales du Maroc continuent de se dépeupler en raison de la sécheresse et de l'exode rural. Le secteur agricole, déjà sous pression, dépend donc de plus en plus de cette main-d'œuvre étrangère. Ce qui était au départ un pays de transit devient peu à peu un pays d'accueil, où les migrants comblent un déficit économique structurel croissant.
Le rapport complet est disponible sur le lien suivant :




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